Bouche Cousue

Dans la collection Scripto des éditions Gallimard 

Texte coupé pour la scène.

 

Le propos  

Dans la famille d’Amandana, la propreté irréprochable n’est pas qu’un métier. C’est un mode de vie. Rien qui dépasse. Dans le lavomatique tenu par ses parents, le bruit des machines couvre celui des élans du cœur et du corps. Mais comment faire taire son attirance pour une de ses camarades de lycée ? Un roman intimiste d’une grande finesse psychologique, magnifiquement écrit, plein de pudeur et d’émotion. 

 

Transmettre

Chacun sur cette terre a sa place. Une place qui se cherche aux travers des détours et des autres. Au moment de l’adolescence tout est fragile. Les couleurs vives se délavent. Les premières grandes désillusions tombent. Tout devient flou. Les souvenirs d'Amandana sont réactivés par une gifle. Celle qu’a reçu Tom de son grand-père pour avoir embrassé un garçon fait écho à celle qu’elle a reçue de son père, à quinze ans pour avoir embrassé une fille. Une gifle à répétition, de génération en génération pousse Amandana à écrire cette lettre à Tom pour lui venir en aide mais aussi pour elle-même.

 

«  Pour  être  confirmé  dans  mon  identité,  je  dépends  entièrement  des  autres.  »  Hannah  Arendt 

 

Partis pris

Je pars du principe qu’Amandana a rédigé sa lettre dans un ou plusieurs lavomatiques, qu’elle est sur scène dans plusieurs lieux à la fois. Au rythme des tambours, incorporée dans la matière sonore de Samuel Colard,  elle remonte à rebours le temps. Les images (vidéo) projetées sont fragmentées et floutées (images en partie produites lors de résidence en collèges et en lycées). C’est une mise au point technique et métaphorique qui s’opère au plateau à mesure que l’on avance dans son histoire. Des vêtements jonchent le sol. Il est question de faire du tri, de démêler ce qui est resté figé par la gifle.

1/20

Bouche cousue

extrait

« Ce qui me touche en écrivant cela, ce qui me fait venir les larmes aux yeux, c’est un détail que j’ai enfoui sous une couche d’insignifiance, au milieu du fracas des événements qui ont suivi. Et ce détail, aujourd’hui, je ne vois que lui : ma mère savait depuis longtemps. Elle a compris sans poser aucune question – elle a su que j’avais volé ces vêtements et elle a su comment. Ma mère m’a laissé faire pendant des années, bouche cousue. Elle a voulu me laisser exister. »