Hannah 

Réécriture pour la scène du Petit théâtre d'Hannah Arendt, éditions Les Petits Platons

 

Marion Muller-Colard : De la nécessité de dépasser l’écrit 

« Le Petit théâtre d’Hannah Arendt » a été écrit sur papier et cela n’est pas suffisant. Car précisément, c’est un monde de papiers sans action et sans pensée qu’Hannah Arendt condamne dans ce petit livre destiné aux enfants. Hannah Arendt y monte sur les planches pour faire découvrir à son double enfantin la nécessité d’investir la scène des affaires humaines[...] Si je m’associe à d’autres, c’est parce que “le monde est ce qu’il est parce que nous sommes plusieurs”. Si je m’associe à Sandrine Pirès, c’est parce qu’elle sait reconnaître à la fois l’enfance et ce qui la fait grandir. C’est parce qu’elle est une femme de terrain et que le plateau est un lieu, pour elle, d’esthétique et d’action, de poésie et de transmission ».

 

Transmettre

Le pari est de transmettre, par le biais d’une narration simple, les grandes lignes de force d’une philosophe : Hannah Arendt. Cette grande philosophe est une invitation vers l’action de penser. Grâce au théâtre, j’espère sensibiliser les jeunes générations à une conscience du monde et des autres.  

 

« C’est dans le vide de la pensée que s’inscrit le mal. » Hannah Arendt 

 

Pour qui ?

Pour les enfants à partir de 9 ans ; à l’enfant que nous étions, aux enfants d’hier et d’aujourd’hui, aux générations.

Le propos

Dans le texte et à la fin de sa vie Hannah Arendt a 69 ans. Pourtant jusqu’au bout , il y a en elle, une flamme juvénile qui la relie au monde de demain : celui de nos enfants. C’est pourquoi, l’auteure Marion Muller-Colard, donne vie à l’enfant qu’il y a en Hannah Arendt. C’est l’enfant qui trépigne d’impatience et qui pousse la grande Hannah à lui raconter ce qui l’anime. La grande Hannah excédée, cède à la petite Hannah. Elle la conduit au théâtre pour assister et prendre part à  l'(H)istoire qui l’incitera à devenir une penseuse de terrain et non de terrier ! Hannah, ce prénom, peut se lire à l’endroit comme à l’envers : par le début ou par la fin. Je vois dans ce prénom la symbolique du cycle de toute une vie.  

 

Partis pris

Anne Gaillard interprète la grande Hannah tandis que les trois autres comédiennes incarnent la matière grise d’Hannah A. et les différents personnages de l’histoire de Marion Muller-Colard. Les trois comédiennes deviennent les trublions de la pensée d’Hannah qui se transforment à vue pour devenir, le renard, le loup, l'enfant et l’homme bureau de la « bourreaucratie ». Un travail autour de la manipulation d’objets et/ou de la marionnette renforcent un théâtre non naturaliste et ludique au service d'un propos sérieux. C’est toute la vie de l’esprit qui prend vie au plateau. La pensée d’Hannah fume et s’incarne joyeusement au rythme d’une machine à écrire.

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Hannah

Extrait

Scène 2 : Devant la scène des affaires humaines

 

Elles montent sur scène, devant le rideau. 

 

La petite Hannah : Pourquoi y a-t-il tellement de bruit derrière le rideau ? Elle faufile sa tête entre les pans du rideau et se retourne paniquée. 

La grande Hannah : Oh, oh ! Mademoiselle panique parce qu’elle a découvert un public ! 

La petite Hannah : Mais cette histoire, elle devait être juste entre toi et moi !

La grande Hannah : Et ben moi, si tu restes en coulisses pour raconter ta petite histoire juste à toi, ça ne m’intéresse pas ! 

Au bout d’un moment la petite repasse sa tête entre les pans du rideau. La grande en fait autant. 

La grande Hannah : Tu as peur ? 

La petite Hannah : Très très peur !

La grande Hannah : Un petit peu envie ? 

La petite Hannah : Très très très peur !

La grande Hannah  :Allons… Pourquoi es-tu venue au monde ?

La petite Hannah : Pour que tu me racontes une histoire ? 

La grande Hannah : Pour que tu participes à l’Histoire ! Et l’Histoire n’existe pas si elle n’a pas de spectateurs… Alors, très très très très peur ? 

La petite Hannah : Très très peur… et un peu envie ! 

La grande Hannah tend à l’enfant le brigadier.

La grande Hannah : C’est un brigadier. Tu tapes douze coups rapides, puis trois lents, et au troisième le rideau s’ouvre… sur la scène des affaires humaines ! »