La Vierge et moi

De l’écriture au plateau, du plateau à l’écriture 

 

C’est une création à la croisée de deux regards : auteure et metteure en scène. Elles veulent y raconter des parcours de femmes ; cet aller-retour épuisant entre la sensualité et le sens  ; cette responsabilité encombrante du corps sous le regard fixe d’une statue de la Vierge. C’est au pied de la Vierge que leurs rêves se confrontent à la réalité d’une vie d’adulte. Ces corps en contrebas apparaissent les uns après les autres, puis se croisent. C’est une danse d’existence au pied de l’icône. 

Des femmes-enfants jouent à cache-cache et dévoilent leur enfance : ce qui fait ce qu'elles sont aujourd’hui. Un théâtre d’adresse, entre monologue intérieur, dialogues irréels et échanges hyperréalistes. Du mystère. De l’universel dans le particulier. De la cruauté et de la tendresse. Des voix parlées et chantées. Des présences qui se dévoilent. Une pièce existentielle sur un air de vaudeville. 

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La vierge et moi

Extrait Scène 3 : Refus catégorique de toute consolation

L’amoureuse  : Je voudrais revenir sur un malentendu. L'autre jour j'étais à vos pieds, mais il ne faudrait pas vous méprendre. Il se trouve que vous êtes là et que vous monopolisez l'espace, si bien que si quelqu'un veut se tenir ici, aussi, et bien il est forcé d'être à vos pieds. D'ici à ce que vous en déduisiez qu'on se met volontairement à vos pieds, il n'y a qu'un pas. Mais c'est un malentendu. Le fait que je me tenais là, l'autre jour, n'a rien à voir avec vous. Je voulais simplement me tenir à cette place, ici, et c'est mon droit le plus strict. Je n'ai pas nécessairement à tenir compte de vous. Ce n’est pas parce que vous êtes là à plein temps que vous êtes propriétaire de cette place, Marie.  

Qu'il soit bien clair, donc, que je vous ignorais. D'ailleurs je vous tournais le dos, autant dire que c'était exactement comme si vous n'aviez pas été là. J'attendais quelqu'un.
Mais non, pas vous. Cette manie de tout ramener à vous tout le temps, c'est un truc de famille, hein ? J'attendais quelqu'un qui n'était pas vous. 

Et si je reviens aujourd'hui, c'est juste pour lever ce malentendu. Parce que ça me trotte dans la tête, depuis ce jour, et quand je passe par ici vous avez cette mine d'empathie que je ne supporte pas, cet air de me plaindre comme si je vous avais demandé quelque chose mais qu'il soit bien clair entre nous que je ne vous ai jamais rien demandé  !
Non, parce que votre air un peu mièvre m'a toujours été insupportable et là, depuis cet autre jour où j'attendais quelqu'un qui, certes, n'est pas venu, mais on ne va pas en faire tout un drame, depuis ce jour-là ce petit air mièvre me poisse du regard... C'est comme si vous me l'adressiez personnellement : « oh ! La pauvre petite, elle attendait quelqu'un qui n'est pas venu ! »...

[…] 

Voilà ce qui est tout à fait insupportable et qui est une mine typiquement maternelle. Je déteste cette mine de fausse empathie, cet égocentrisme indécrottable qui fait semblant de s'intéresser à quelque chose d'autre qu'à soi-même... Et après on s'étonne que je ne veuille pas d'enfants !